Vendredi 14 novembre 2008
Voici un croquis prosaïque de ce que pourrait nous réserver l'avenir très proche. Une vision noire du futur, catastrophique
même. De celles que les plus pessimistes d'entre nous n'oseraient évoquer publiquement, de peur de provoquer une panique "orsonwellesienne" dans la seconde. Noir c'est noir, il n'y a plus
d'espoir...
Été 2007 - Les taux d'intérêt de prêts spéciaux appelés "subprimes" montent en flèche. Les emprunteurs ne peuvent plus rembourser, ils revendent
tous en bloc leur logement et le marché immobilier américain s'effondre. Les premières banques qui supportent ces faillites individuelles montrent des signes de faiblesse, aux Etats-Unis et en
Angleterre.
Été 2008 - L'effet domino. Les banques d'investissement les plus prestigieuses tanguent, puis s'effondrent. Fannie Mae et Freddie Mac, rouages
essentiels du crédit immobilier... Puis Lehman Brothers, Merrill Lynch, Washington Mutual... Des assureurs s'écroulent aussi...
Octobre 2008 - Les banques européennes sont atteintes. Après Northern Rock, ce sont HBOS, Fortis et Dexia qui tombent. Plusieurs réassureurs de
premier plan font faillite. Les banques de détail commencent à souffrir. Les Etats jouent les pompiers et sortent les lances à dollars, à l'aveuglette... Les Etats-Unis votent le plan Paulson de
700 milliards de dollars.
Novembre 2008 - La liste noire s'allonge et les premières holdings LBO viennent s'y ajouter. Carlyle évite le crash grâce à l'intervention de l'Etat
américain, justifiant de l'intérêt de la nation. Ouf ! Les autres n'auront pas cette chance. John McCain est élu alors que les sondages le donnaient nettement perdant.
Mars 2009 - Une grande partie des banques américaines de dépôt sont atteintes. Les files d'attente se multiplient devant les agences, qui restent
fermées. La pression monte. Les plus grosses banques de dépôt européennes et françaises sont en faillite. Les Etats déclarent avoir les moyens d'assurer l'épargne des populations et organisent
petit à petit des "guichets de recouvrement". Les manifestations se multiplient.
Juin 2009 - L'économie ralentit de plus en plus. De nouvelles banques et assurances ferment.
Septembre 2009 - L'activité économique s'effondre. Les Etats éprouvent les pires difficultés à rembourser les épargnants floués. Les entreprises de petite taille ferment les unes après
les autres et les commerçants plient boutique. Seule la grande distribution résiste. Les manifestations se multiplient et tournent le plus souvent à l'émeute.
Janvier 2010 - En France, cent mille personnes perdent leur emploi en un mois. Des émeutes éclatent et des agences bancaires sont vandalisées dans
le Sud de la France et dans le Nord. Un nombre croissant de sans logis envahit Paris. Malgré le refus des pays occidentaux de se voir "écoloniser", les opérations de rachat ont commencé. Des pays
africains au bord du gouffre se réunissent pour appeler d'une seule voix la Chine à l'aide.
Mai 2010 - Quelques banques refont surface grâce aux fonds souverains, mais les Etats se démènent pour légiférer en urgence et empêcher cette prise
de contrôle globale de l'économie. Les émeutes redoublent, les populations étant favorables à ces rachats qui leur permettent de retrouver l'accès à leurs comptes partiellement bloqués. Un
million de manifestants marchent sur les Champs-Elysées, l'avenue est défigurée et l'intervention des CRS fera une dizaine de morts.
Février 2011 - Les plus grandes banques appartiennent maintenant à des fonds étrangers. Les autres ne représentent plus grand chose. La situation en
Irak et en Afghanistan tourne au chaos, les livraisons de carburant aux armées présentes sur place sont interrompues. Les Etats-Unis rapatrient leurs troupes en l'espace de deux semaines sans
aucune coordination avec leurs alliés. Le conseil de sécurité de l'ONU tourne au pugilat anti-américain. En France, un certain nombre d'infrastructures publiques ont été détruites, le chômage
officiel atteint 20% mais plus personne n'est en mesure de tenir les chiffres à jour.
Juillet 2011 - L'Arabie Saoudite a pris le contrôle de quatre des plus grandes firmes pétrolières. Les Etats-Unis ne sont plus en mesure de
rembourser leur dette et font face à une augmentation vertigineuse du prix du pétrole. Les économies de tous les pays développés sont en récession. La crise financière se double d'une crise
diplomatique très grave.
Mais rassurons nous... ce scénario n'arrivera pas, il ne peut pas arriver, c'est impossible... puisque nos banques sont parmi
les plus solides du monde, que nos patrons sont parmi les plus sérieux et les plus prévoyants, que nos scientifiques sont des plus efficaces et que nos dirigeants sont les plus brillants d'entre
nous !